CNB Bordeaux : la mue écologique de la construction navale, vraiment ?

Construction Navale de Bordeaux (CNB), filiale importante du Groupe Beneteau, révolutionne sa filière en utilisant de plus en plus les matériaux recyclés. Greenwashing ou vraie démarche ?

Lagoon Eighty 2 @CNB
Lagoon Eighty 2 @CNB

Bordeaux, capitale des catamarans durables ? Construction Navale de Bordeaux (CNB), filiale importante du Groupe Beneteau, révolutionne sa filière en utilisant de plus en plus les matériaux recyclés. Greenwashing ou vraie démarche ?

Un engagement fort

En façade, rien ne semble avoir changé : le nouveau navire amiral le Lagoon 82 propose 25m de luxe et de confort. Mais sous le pont, c’est une révolution silencieuse qui se joue. En effet, CNB met en place une filière de construction en intégrant l'utilisation de matériaux recyclés ou biosourcés pour la production de ses grands catamarans avec l'ambition de convertir toute la gamme.

Construction Navale de Bordeaux (CNB), géant industriel discret mais stratégique

CNB c’est près de 1000 salariés sur le site rive droite en face de la Cité du Vin. Avec une production industrielle annuelle d’environ 100 catamarans de 40 à 80 pieds, CNB est un enjeu important pour le groupe Bénéteau. CNB est l’un des principaux contributeurs au chiffre d’affaires « premium » de Bénéteau. C’est un acteur stratégique du nautisme mondial, mais peu connu localement hors des cercles initiés.

Le Lagoon 82 : prototype d’une filière verte ?

Plus grand bateau proposé par le Groupe, le Lagoon Eighty 2 sera présenté d’ici quelques jours au Cannes Yachting Festival (9-12 septembre 2025). Long de 25 mètres, 400 m² de surface de vie, il sera vendu entre 4 et 5 millions € selon les options. Sa construction intègre une innovation : 50 % des résines utilisées sont recyclées (issues d’huiles industrielles retraitées) ou biosourcées (issues de déchets végétaux ou alimentaires). L’impact CO2 est de -70% par rapport à des résines classiques.

Un écosystème industriel derrière cette bascule

Un bateau, c’est d’abord un cocktail de chimie, de fibre et de procédés thermiques. Si Bénéteau verdit, il ne le fait pas seul.

Une alliance industrielle de plusieurs entreprises leaders : Arkema, Veolia, Composite Recycling, Owens Corning, Chomarat et le Groupe Beneteau, vise à développer un modèle complet d’économie circulaire appliqué aux matériaux composites. Ensemble, ces acteurs ont co-développé une boucle industrielle qui permet déjà la production de bateaux de série en intégrant des matières premières recyclées.

« Cette démarche collective représente une étape décisive dans notre engagement en faveur d’une plaisance accessible et durable. Nos modèles Jeanneau Sun Fast 30 One Design et, plus récemment, le Bénéteau Oceanis Yacht 60, illustrent parfaitement que la fabrication circulaire dans le secteur nautique n’est plus un simple objectif, mais une réalité tangible, » déclare Erwan Faoucher, Vice-Président Innovation & Développement Durable du Groupe Bénéteau.

« Une fois encore dans notre histoire, nous faisons preuve d’audace. L’utilisation de résine recyclée permet de réduire de 70 % les émissions de CO₂ par rapport au polyester conventionnel du marché. Autrefois, nous construisions des bateaux faits pour durer ; aujourd’hui, nous sommes capables de concevoir des bateaux durables. »

C’est donc une boucle industrielle française et opérationnelle, pas un simple projet pilote. Plus de 40 bateaux ont déjà été fabriqués avec ces nouveaux matériaux.

Ainsi, l’objectif de Beneteau et CNB est de généraliser ces matériaux à l’ensemble des gammes. Avec une ambition plus lointaine de réutiliser 100 % des déchets de production composites d’ici 2030.

Un pari audacieux mais nécessaire

Devant la course au toujours plus (le fameux mètre de plus, les équipements…), la filière nautique est de plus en plus pointée du doigt pour son impact CO2, même si la durée de vie d’un bateau est très longue.

S’engager dans la voie verte est nécessaire mais reste un pari à forts enjeux. En effet, entre les coûts (+6% pour un bateau “vert”), l’adaptation des chaînes de production, et le client final à rassurer, il y a du travail. Sans compter qu’il reste encore des sujets majeurs comme la motorisation, l’énergie, les quantités de matériaux réellement recyclés, la peinture, l’antifouling, le transport, la recyclabilité en fin de vie…

Un premier pas dans la bonne direction… mais pas encore la pleine voile verte

CNB / Bénéteau montre qu’un acteur majeur peut pivoter sans renier son ADN. Mais la course est encore longue entre les annonces de durabilité et une transformation structurelle. La filière nautique a mis le cap sur la sobriété, mais la houle réglementaire et les attentes sociétales s’annoncent corsées. 

Ainsi, le fait que le premier acteur mondial de la plaisance à voile s’y engage est remarquable et sert d’exemple à toute l’industrie.