Sénatoriales 2026 : en Gironde, la gauche joue son troisième siège contre elle-même
En Gironde, la gauche défend trois sièges sur six aux sénatoriales du 27 septembre, mais se présente en cinq listes rivales. Face à elle, la droite et le centre s'unissent pour la première fois. Troisième volet de notre série.
L'essentiel
- Six sièges à pourvoir en Gironde le 27 septembre, à la proportionnelle.
- La gauche en détient trois, mais se présente en cinq listes rivales, sans union.
- Le siège écologiste, dont la titulaire ne se représente pas, est le plus menacé.
- Face à cette dispersion, la droite et le centre s'unissent pour la première fois.
Après avoir posé les règles du jeu et débusqué les champions RN des frais kilométriques, notre série sur les sénatoriales 2026 s'arrête en Gironde, où six sièges sont à pourvoir le 27 septembre. Le scrutin s'y joue à la proportionnelle, et les regards se portent sur les trois sièges que la gauche girondine détient depuis 2020, dont un est clairement en risque.
Un troisième siège à gauche hérité d'une victoire à l'arraché
En 2020, le Parti socialiste avait fini en tête du scrutin girondin, mais perdu un de ses trois sièges au passage, n'en conservant que deux, ceux d'Hervé Gillé et de Laurence Harribey. Europe Écologie-Les Verts avait de son côté fait élire Monique de Marco sous ses propres couleurs. Trois sièges de gauche, donc, sur les six que compte le département, face à deux pour la liste d'union centre-droit de Nathalie Delattre et Alain Cazabonne, et un pour Florence Lassarade, alors seule candidate LR.
Six ans plus tard, ce fragile équilibre tient à un fil. Monique de Marco ne se représente pas. Et une note de cadrage interne des Écologistes, que nous avons consultée, range explicitement la Gironde parmi les départements où le groupe parlementaire écologiste du Sénat s'attend à perdre du terrain, aux côtés du Bas-Rhin et peut-être du Rhône, deux à trois sièges au total selon son président Guillaume Gontard. La raison est simple : le basculement de Bordeaux, perdue par les Écologistes lors des municipales de mars.
Gironde : cinq listes de gauche, zéro union
Au-delà du retrait de la sortante écologiste, le risque majeur tient dans l'absence totale d'union à gauche. Cinq listes s'y présentent séparément : le Parti socialiste, allié à Place Publique et emmené par le sénateur sortant Hervé Gillé aux côtés de Christine Bost, maire d'Eysines et ancienne présidente de Bordeaux Métropole, les Écologistes menés par Romain Dostes, La France insoumise avec Aminata Pouye et Olivier Maneiro, le Parti Radical de Gauche porté par Valérie Chassaigne et Yannick Boutot, et enfin le Parti communiste. Un petit air de primaire de la gauche pour les Présidentielles avant l'heure.
Sur le terrain, la désunion se voit et s'entend. Lors d'une réunion à Pugnac, commune rurale de l'Entre-deux-Mers, des élus et grands électeurs de gauche ont résumé le malaise en une phrase rapportée par Public Sénat : « On a besoin de sénateurs progressistes au Sénat, la désunion n'aidera pas. » Hervé Gillé justifie la situation en rappelant que ce panorama éclaté a toujours existé aux sénatoriales girondines et que les autres listes posaient des conditions que le PS ne pouvait accepter. Du côté des Écologistes, Romain Dostes dit avoir voulu une union large et regrette que certains partis semblent déjà régler leurs comptes en vue de la présidentielle de 2027.
Le pari rural du Parti Radical de Gauche
La liste du PRG, positionnée au centre-gauche, elle, ne cherche pas à réunir la gauche urbaine mais à capter un électorat que les autres négligent selon elle : celui des maires ruraux. Sur les réseaux, Valérie Chassaigne met en avant les valeurs qu'elle juge fondatrices, liberté, égalité, fraternité, laïcité et solidarité, et martèle que « la ruralité ne doit pas être une punition ». Son colistier Benjamin Malambic, maire de Caumont et vice-président de la communauté de communes rurales de l'Entre-deux-Mers, y ajoute un avertissement sur la colère qui monte dans les campagnes. La liste, qui rassemble le PRG, La Convention Gironde et des personnalités de la société civile, affiche un objectif limpide : sauver ce troisième siège de la gauche, quitte à le faire sans les autres.
Sénatoriales Gironde : une droite unie comme jamais
Face à cette gauche éclatée, le contraste est frappant. Nathalie Delattre, la présidente du Parti Radical, a construit pour la première fois une liste unique rassemblant Les Républicains, Renaissance, Horizons et des élus non encartés, alors que droite et centre avaient fait bande à part en 2020. Le nouveau maire LR du Bouscat, Gwenaël Lamarque, a salué publiquement cette union lors d'une réunion de campagne, alors même qu'il n'appartient pas au même parti que la sénatrice sortante. Cette liste unique aborde le scrutin en position de force, portée par des municipales globalement favorables à ce camp.
Le Rassemblement National, enfin, joue sa propre partition. La liste conduite par la députée Edwige Diaz n'avait recueilli que 79 voix en 2020, soit 2,34 % des suffrages. Le parti mise sur sa progression aux municipales et sur son implantation grandissante dans les conseils municipaux pour tenter de décrocher un premier siège dans le département, ce qui serait une première historique. Mais une dispersion à gauche profite mécaniquement moins au RN qu'à une droite déjà unie : c'est bien le troisième siège de gauche, occupé aujourd'hui par les Écologistes, qui apparaît comme le plus exposé le 27 septembre.
Sources :
Article 24 de la Constitution et cadre général du scrutin : Sénat, dossier de presse des élections sénatoriales 2026
Résultats 2020 en Gironde et composition actuelle (PS, Écologistes, liste Delattre-Cazabonne, Lassarade) :
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_s%C3%A9natoriales_de_2026_en_Gironde
Reportage terrain à Pugnac, citations de Hervé Gillé, Romain Dostes, Gwenaël Lamarque, et la citation des grands électeurs de gauche :
https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/elections-senatoriales-en-gironde-la-droite-favorite-le-rn-veut-creer-la-surprise
Note de cadrage interne des Écologistes (mai 2026), sur le risque de perte de sièges dont la Gironde :
https://cf.eelv.fr/wp-content/uploads/sites/6/2026/04/CF-2026-05-15-MA-cadrage-senatoriales-2026.pdf
Contexte national sur les craintes du groupe écologiste au Sénat (Guillaume Gontard, perte de Bordeaux et Strasbourg) :
https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/senatoriales-2026-les-ecologistes-devraient-perdre-quelques-sieges-mais-conserveront-leur-groupe
Score RN 2020 d'Edwige Diaz (79 voix, 2,34 %) et dispersion à gauche :
https://www.bordeaux-gazette.com/senatoriales-en-gironde-la-bataille-pour-les-six-sieges-est-lancee.html
Post de campagne du PRG-Gironde (Valérie Chassaigne, Yannick Boutot, Benjamin Malambic), citation « la ruralité ne doit pas être une punition »