La Direction : le DAF externalisé n’est plus réservé aux startups
Créée à Bordeaux en 2020, La Direction a accompagné plus de 350 entreprises. Thibault Salou raconte comment le DAF externalisé gagne désormais les PME et comment l’IA commence déjà à transformer le métier.
- La Direction a accompagné plus de 350 entreprises depuis 2020.
- Le DAF à temps partagé gagne désormais les PME, après les startups.
- Le cabinet vise 40 % de croissance annuelle et se développe dans le recrutement financier.
- L’IA commence déjà à transformer le métier et son modèle économique.
Créée à Bordeaux en 2020, La Direction a déjà accompagné plus de 350 entreprises et vise au moins 150 clients cette année. Son fondateur, Thibault Salou, voit surtout le DAF à temps partagé sortir progressivement de l’univers des startups pour gagner les PME et les ETI. Trésoreries plus tendues, financement plus exigeant, automatisation et maintenant IA : en six ans, la fonction finance a changé de dimension.
En 2020, proposer à une startup bordelaise un directeur administratif et financier quelques jours par mois demandait encore quelques explications. Six ans plus tard, Thibault Salou n’a plus vraiment besoin de faire la pédagogie du concept.
Entre-temps, La Direction est passée d’une implantation bordelaise à trois bureaux, Bordeaux, Toulouse et Paris, compte une vingtaine de collaborateurs et revendique plus de 350 entreprises accompagnées. Après plus de 120 clients en 2025, le cabinet en vise au moins 150 en 2026 et affiche une ambition plutôt musclée : maintenir une croissance annuelle de 40 % dans les prochaines années. Le marché évolue vite, l'approche de la direction financière aussi, nous en parlons avec Thibault Salou.
En 2020, il fallait encore expliquer le DAF à temps partagé
Lorsque Thibault Salou crée La Direction en plein Covid, plusieurs transformations sont déjà à l’œuvre. PayFit, Pennylane, Qonto et une nouvelle génération d’outils automatisent une partie des tâches administratives et financières. L’externalisation progresse. Des cadres financiers expérimentés choisissent aussi de travailler différemment.
Ingénieur de formation, Salou regarde naturellement du côté des entreprises technologiques. Bordeaux dispose déjà d’un écosystème French Tech bien installé, mais il identifie une place à prendre dans l’accompagnement financier structuré des startups.
« En 2020, il fallait encore expliquer la différence entre l’expert-comptable et le DAF », résume-t-il lors de notre entretien. Aujourd’hui, cette évangélisation est largement faite dans les startups et scale-ups. Les investisseurs eux-mêmes poussent à une professionnalisation plus précoce de la fonction finance.
Le rôle n’est d’ailleurs pas celui de l’expert-comptable. Là où ce dernier produit et certifie notamment l’information comptable, le DAF regarde devant : trésorerie, prévisionnel, financement, indicateurs, marges, scénarios de croissance.
Après les startups, les PME et ETI découvrent l’externalisation
Les startups et scale-ups représentent encore environ 60 % des clients de La Direction. Mais les 40 % restants viennent désormais des PME, ETI et associations.
La répartition de nos clients à Bordeaux reste très marqué par les startups. À Toulouse, La Direction rencontre davantage de PME et d’ETI, notamment industrielles. Paris ramène le cabinet vers les startups et scale-ups où notre savoir-faire dans un marché très actif trouve écho.
Pour les PME, l’équation est différente. Selon Salou, recruter un DAF expérimenté représente couramment 80 000 à 120 000 euros de salaire brut annuel, montant auquel il faut ajouter les charges. Une dépense difficilement accessible à une entreprise qui aurait pourtant besoin de cette compétence un ou deux jours par semaine. Or les sujets ne manquent pas : marges comprimées, prix des matières premières, financement plus difficile, délais de paiement et surtout trésorerie. Un patron de PME, à la culture financière souvent limitée, face à cette pression croissante, ressent beaucoup plus aujourd'hui le besoin de se faire accompagner.
Les données nationales confortent en partie ce constat. Selon Bpifrance Le Lab et Rexecode, 30 % des dirigeants de TPE-PME jugeaient leur trésorerie difficile début 2026. La Banque de France estime par ailleurs que les retards de paiement ont privé les PME de 13 milliards d’euros de trésorerie sur l'exercice étudié.
Thibault Salou constate surtout un phénomène plus inquiétant sur le terrain : certaines PME font appel à un DAF lorsque les difficultés sont déjà installées. L’externalisation devient alors moins un outil de développement qu’une tentative de reprendre le contrôle.
« Les bons projets trouvent encore des fonds »
La Direction constitue aussi un poste d’observation intéressant de l’écosystème startup. Parmi les entreprises accompagnées figurent ou ont figuré HelloAsso, Invivox, Pony ou encore Sonomind.
Après les années difficiles qui ont suivi le retournement du financement de la tech, Salou observe « moins de casse » parmi ses clients en 2026. Il y voit notamment l’effet d’un tri effectué entre 2023 et 2025 et d’une plus grande maturité des projets. Son constat rejoint en partie l’évolution récente du financement français : l’argent n’a pas disparu, mais il est devenu beaucoup plus sélectif. Et une partie croissante se dirige vers la deeptech et les technologies considérées comme stratégiques.
« Les bons projets trouvent encore des fonds », estime Thibault Salou.
L’IA modifie parallèlement la manière de créer une entreprise technologique. Vibe coding, automatisation et outils génératifs permettent à de petites équipes de développer beaucoup plus rapidement certains produits. Pour Salou, la barrière technologique s’abaisse et certains projets peuvent démarrer avec moins de capitaux. Sur ce dernier point, le recul manque encore pour en faire une tendance générale. Mais le phénomène est suffisamment visible pour modifier déjà les business plans qui arrivent sur les bureaux des DAF.
Du DAF deux jours par semaine au recrutement du CFO
La Direction veut maintenant pousser sa logique un cran plus loin. Le cabinet vient de lancer une activité d’Executive Search spécialisée dans les métiers de la finance, déjà opérationnelle depuis plusieurs mois. Elle complète le temps partagé avec des missions de transition assurées par des indépendants et désormais le recrutement en CDI.
L’idée est d’accompagner les différentes étapes de croissance d’une entreprise. Une startup peut commencer avec un DAF de La Direction quelques jours par mois. En grandissant, elle recrutera un responsable financier. Puis, éventuellement, un CFO expérimenté à plein temps. Pour La Direction, l’intérêt est évident : ne plus perdre mécaniquement le client lorsque celui-ci devient suffisamment important pour internaliser sa fonction finance.
Le cabinet prévoit parallèlement de recruter huit à dix collaborateurs par an pendant trois ans, principalement des DAF et contrôleurs de gestion. Il envisage une quatrième implantation en 2027.
L’IA va aussi obliger les DAF à changer leur propre modèle
Reste un paradoxe. La technologie a contribué à rendre possible le modèle de La Direction. Elle pourrait maintenant le bousculer.
Salou donne un exemple parlant : un reporting qui nécessitait une journée de travail pourrait demain être produit en deux heures grâce à l’IA. Certains dirigeants arrivent déjà avec des business plans générés par intelligence artificielle, qu’ils demandent ensuite aux financiers de contrôler et fiabiliser.
La question devient alors économique pourrait se poser, mais en réalité un DAF à temps partagé de La Direction apporte beaucoup plus que de gagner du temps. La valeur ajoutée se situe dans le conseil, l'expérience, l'anticipation, la capacité à accompagner un entrepreneur souvent seul aux commandes...
Un conseil aux entreprises en 2027 ?
Dans le contexte actuel, le conseil de Thibault Salou aux dirigeants est finalement assez simple : mettre du cash de côté et rester suffisamment agile pour revoir ses ambitions si nécessaire. Entre incertitudes économiques, géopolitiques et bouleversements provoqués par l’IA, le financier redevient peut-être précisément ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : celui qui aide le dirigeant à savoir jusqu’où il peut aller.
Questions fréquentes sur le DAF externalisé
Qu’est-ce qu’un DAF externalisé ?
Un DAF externalisé accompagne plusieurs entreprises sans être employé à plein temps par chacune d’elles. Il intervient notamment sur la trésorerie, les financements, le reporting, les marges et le pilotage financier.
Pourquoi les PME font-elles appel à un DAF à temps partagé ?
Elles peuvent avoir besoin d’une expertise financière élevée sans disposer du budget ou du volume de travail justifiant un DAF à plein temps. Le temps partagé permet d’adapter l’intervention aux besoins de l’entreprise.
Quelle différence entre un expert-comptable et un DAF externalisé ?
L’expert-comptable intervient principalement sur la comptabilité, les comptes et les obligations associées. Le DAF travaille davantage sur le pilotage, les prévisions, la trésorerie, le financement et l’aide à la décision du dirigeant.
Comment l’intelligence artificielle transforme-t-elle le métier de DAF ?
L’IA peut accélérer le reporting, l’analyse de données ou la préparation de prévisions. Pour Thibault Salou, cette hausse de productivité pourrait aussi pousser les cabinets à revoir une facturation historiquement fondée sur le temps passé.